Société

Madame Henriette DJOP «L’Eglise a déjà terriblement échoué»

Depuis bientôt 04 ans, Madame Henriette DJOP se bat aux côtés
et pour les jeunes, afin d’une part, de leur inculquer des valeurs
morales en perte de vitesse dans leur environnement, et, d’autre
part, de les accompagner dans la recherche d’une vie meilleure
construite sur des bases solides de foi, de respect et d’acceptation
de l’autre. Après plus de 20 ans de vie continue aux Etats-Unis
d’Amérique (USA), cette femme pasteur a pris l’option de revenir
dans son pays pour mener le combat du développement du
Cameroun avec les autres acteurs concernés. Ses actions, à
travers son ONG Cameroon Total Surrender, portent au quotidien
des fruits qui impactent fortement notre jeunesse.
Madame Henriette DJOP, pouvons-nous connaître en quelques
mots qui vous êtes ?
Je suis une Africaine née au Cameroun ; fille unique d’une famille
de trois enfants, dont les deux aînés sont des artistes de Gospel.
Je suis passionnée du combat contre la médiocrité sous toutes ses
formes et sous quelques cieux que ce soit. J’aime relever les défis
que la vie me présente ; c’est ainsi que, sans y avoir jamais pensé,
je me suis retrouvée à vivre en Belgique, au Canada et aux EtatsUnis
d’Amérique. J’aime la vie, et je pense avoir beaucoup à offrir à
l’humanité.
Qu’est-ce qui vous a conduit au métier de pasteur ?
Rien d’autre que le désir d’apprendre aux uns et aux autres comment
se surpasser spirituellement afin de devenir de véritables outils de
développement dont le continent africain a grandement besoin. La
vie m’a beaucoup appris, et à mon avis, il n y a pas un métier mieux
indiqué pour amener les fidèles à savoir joindre l’utile à l’agréable.
La prolifération des nouvelles églises est un fait au Cameroun.
N’êtes-vous pas devenue pasteur pour vous enrichir sur la foi
des pauvre fidèles, comme le font certains ?
A votre avis, quel pasteur avouera être devenu pasteur pour
s’enrichir ? En toute honnêteté, Je considère avoir été coptée par
Dieu à cause du grand cœur que Lui-même a mis en moi. Ayant
été appelée plus précisément comme missionnaire  ; je n’ai aucun
salaire. Par contre, je suis constamment en train de rechercher des
voies et moyens pour bénir les plus démunis  ; et comme Mère
Theresa, j’opte pour une vie modeste et simple. En fait, j’ai toujours
pensé, comme l’évangéliste canadienne Kathryn KUHLMAN, que je
ne suis devenue ministre du Culte qu’à la suite du refus d’un homme
auquel ce ministère était destiné et qui n’a pas voulu se mêler des
méandres attachées au travail missionnaire. Le jour où j’opterai de
m’enrichir sur les dos des fidèles, j’aurais clairement renié la noble
vocation qui m’aura été confiée.
Le Cameroun connaît une éclosion exponentielle des pasteurs
et de nouvelles églises dites «réveillées». En faites-vous partie ?
Quelle est votre ligne doctrinale, si ce n’est pas indiscret ?
A mon avis, il y a un peu trop de pasteurs au Cameroun, et je pense
d’ailleurs que c’est un phénomène mondialement répandu. Le
problème est-il uniquement lié aux églises dites «réveillées» ? Pas
du tout ; l’église est malade tout simplement !
Pour ma part, bien qu’étant personnellement mordue à la cause
presbytérienne, à laquelle j’adhère pleinement depuis mon
enfance, je collabore avec toute personne passionnée de la mission
indépendamment de son appartenance confessionnelle.
Etant une femme, votre mission se heurte-t-elle souvent à des
comportements machistes de la part des hommes en général,
et de vos collègues en particulier ?
Je reconnais que ma personnalité à la fois déterminante et réservée
m’aide à ne pas tant faire attention aux éventuelles attitudes
misogynes m’étant destinées. D’autre part, mon désir de réussir
m’oblige à éviter de jouer les victimes, et à plutôt embrasser toute
sagesse qui m’éviterait de tomber dans des pièges relatifs à toute
forme de conflit d’autorité. En définitive donc, l’on se serait montré
machiste à mon égard que je ne m’en serai même pas aperçu.
Que pensez-vous de la tendance de ces ministres du Culte
chrétien qui pensent que l’Eglise doit accepter les mariages
homosexuels ?
A mon humble avis, chaque ministre de l’Evangile devra
personnellement rendre compte devant Dieu des décisions
prises pendant ses fonctions pastorales. La parole de Dieu nous
dit clairement que certains d’entre nous seront jugés par leur
conscience. Des trois choses l’une  : Soit ces pasteurs ont renié
l’Evangile et agissent par l’impulsion de leur chair, soit alors ils
n’ont pas clairement compris que l’homosexualité est un péché, au
même titre que les autres, soit encore ils le savent mais ne veulent
pas s’attirer une (mauvaise) publicité. Dieu tiendra compte de ces
critères pour juger nos actes.
Etes-vous prête à célébrer un mariage homosexuel ?
En tant que ministre de l’Evangile, j’ai été avertie dans 2 Timothée
4 que le temps viendra ou les hommes ne voudront plus écouter le
véritable enseignement ; en conséquence il m’a été confié la stricte
tâche de demeurer maitresse de moi-même, et de prêcher la bonne
parole sans compromission. Si un couple homosexuel venait à moi
pour être marié, je ne les considèrerais jamais comme des tarés. Par
contre, je mettrais toute mon expertise spirituelle pour les aider à
en sortir, de la même manière que je le ferai face aux autres péchés.
En refusant les mariages homosexuels, l’Eglise n’est-elle pas
en train de chasser les enfants de Dieu dans sa maison, en les
jugeant au passage ?
Si dénoncer un péché chassera le pécheur de l’Eglise, alors je pense
que l’Eglise n’aura plus sa raison d’être, elle n’aura qu’à fermer
ses portes d’autant plus qu’elle n’est faite que de pécheurs qui
cherchent à changer. L’Eglise ne gagne pas à voir ses valeurs à la
baisse pour prouver qu’elle aime le monde. Jésus Christ n’a jamais
laissé un pécheur repartir dans l’état où il lui est parvenu. Et puis,
il n’y a pas que l’Eglise qui peut unir des couples, si ces personnes
tiennent vraiment à leur projet, elles n’ont qu’à choisir entre le
mariage coutumier et le mariage civil.
Pensez-vous que l’Eglise soit encore capable de jouer son rôle
de «gardien de la morale» quand on observe ses nombreux
dérapages, notamment en ce qui concerne ces questions de
l’homosexualité et de pédophilie ?
Je vais vous confier un secret : il y a une Eglise dans l’église. L’Eglise
est censée regrouper des personnes mises à part pour servir la
cause du Christ. Or, nous savons tous que l’ivraie est très prolifique
dans nos lieux de culte. Dans nos édifices, le bon et l’ivraie croissent
ensembles. Si nous nous référons à cette église-là, je dirais qu’il n’y
a aucune garantie, mais si nous considérons l’Eglise comme n’étant
pas nécessairement un groupuscule qui se réuni régulièrement
dans un lieu, mais plutôt comme l’ensemble des enfants de Dieu
de quelque couleur et langue qu’ils soient, alors oui, cette Eglise a
encore tout ce qu’il faut pour jouer le rôle de gardien de nos valeurs,
et elle le fait déjà.
Vous avez pratiquement grandit aux Etats-Unis d’Amérique,
comment qualifiez-vous votre séjour là-bas,  surtout avec la
montée des violences envers la communauté noire ?
Les Etats-Unis m’ont beaucoup appris ; ils n’ont pas réussi à me défaire
donc m’ont forcément rendu forte et très objective. Je choquerai
peut-être en disant qu’en vingt ans je n’ai jamais personnellement
expérimenté du racisme. Peut-être bien que ma forte foi en Dieu
m’amène à croire que si une opportunité me glisse entre les doigts,
Dieu m’en prépare une meilleure, et toute personne qui m’agresse
n’est rien d’autre qu’une victime de la société. Cependant, le racisme
est bel et bien présent aux USA au même titre qu’en Afrique, en
Europe et en Asie. Les philosophes nous disent que l’homme est
un loup pour l’homme, cela demande effectivement des efforts
conscients pour arriver à aimer ceux qui sont différents de nous, de
la même manière que nous aimons ceux qui nous ressemblent.
Qu’est-ce qui vous a amenée à revenir en Afrique, et
particulièrement au Cameroun, votre pays d’origine ?
Le désir de changer des vies, surtout celles des jeunes à la recherche
de repères et de modèles crédibles. Je me donne pour défis de
devenir une bouée de sauvetage  pour les jeunes en général et
les jeunes camerounais en particulier. Je rêve de leur transmettre
l’engouement nécessaire pour les aider à se démarquer dans le
monde. C’est une grande nécessité pour l’Afrique, surtout que cette
jeunesse est l’avenir de notre continent. Je pense qu’elle n’est pas
encore suffisamment préparée pour la relève.
En revenant des USA, vous avez amené avec vous un projet,
qui s’est traduit en ONG. Quels sont les objectifs de cette ONG
(Cameroon Total Surrender) ?
Les objectifs de l’ONG Cameroon Total Surrender (CTS) se résument
à démontrer l’amour de Dieu à toute personne vivant au Cameroun,
à travers des conférences, séminaires, concerts de musique
chrétiennes, médias et des missions humanitaires dans les zones
enclavées du Cameroun.
Révérende, on vous connait comme quelqu’un qui a une passion
pour les jeunes. Quelle lecture faites-vous de la situation de
cette jeunesse camerounaise ?
En trois ans de travail sur le terrain, je me sens parfois débordée,
tellement la tâche est immense. Le triste constat que je fais est
que les jeunes manquent d’un encadrement à la hauteur de leurs
problèmes. Notre gouvernement compte pourtant énormément sur
les leaders spirituels, toutes religions confondues, pour contribuer à
l’épanouissement de la jeunesse. Pour ma part, en ce qui concerne
l’Eglise, elle a déjà terriblement échoué. Des défis multiples sont
à relever pour mieux aider la jeunesse camerounaise. C’est mon
combat, et ça doit être aussi celui de chacun d’entre nous qui a une
fibre patriotique et un brin d’amour pour ces jeunes.
En travaillant essentiellement avec et pour les jeunes cela ne
vous amène-t-il pas à vouloir rester et penser comme eux ?
En réalité, si notre jeunesse n’est pas très vite sortie du sentier sur
lequel elle s’embarque, elle finira par être plus corrompue que
la génération de nos ainés. En effet, la jeunesse camerounaise
est amorphe et attachée au matériel. Nos jeunes reçoivent un
enseignement spirituel qui est plutôt destiné à les aliéner. Je ne
saurais rejoindre leur façon de penser et de faire, je suis plutôt
déterminée à aider le maximum possible à s’embarquer avec moi
vers l’excellence. Mais j’avoue tout de même qu’à force de les
côtoyer, mon esprit à moi s’efforce à rester jeune.
Dans un tout autre cadre, le 25 novembre prochain nous
célèbrerons la Journée internationale pour l’élimination de
la violence à l’égard des femmes. Cependant, nous avons
constaté une certaine évolution de ces violences au Cameroun.
Selon l’ONU, en 2013, 52% de femmes ont subi des violences
conjugales, 53% ont subi des violences depuis l’âge de 15 ans,
et 30,56% ont subi des violences physiques.
Quel regard portez-vous sur le droit des
femmes au Cameroun ?
Tout d’abord, ces chiffres qui prouvent
l’évolution des violences faites aux femmes, me
désolent énormément. Ça donne froid au dos.
C’est dommage de voir que jusqu’à notre siècle
présent, la femme soit considérée comme une
simple compagnie que l’on peut maltraiter à
volonté. Les femmes devraient avoir autant
de droits que les hommes, il y a nécessité
d’éduquer d’avantage les populations pour le
bien-être de notre société. Oui, les femmes sont
violentées, mais à mon humble avis, plusieurs
d’entre elles ont besoin d’un encadrement de
proximité, pour prévenir et les aider à mieux
gérer la violence qui leur est faite. Peut-être
bien que les leaders spirituels seraient mieux
placés que les services sociaux pour éduquer la jeune fille et la
femme. C’est une piste sérieuse qui mériterait d’être explorée.
Les islamistes radicaux utilisent principalement les jeunes filles
comme bombes humaines. Cette situation a été très récurrente
dans l’Extrême-nord du Cameroun. Comment pensez-vous que
ce phénomène puisse être stoppé et éradiqué ?
Cette situation est aussi extrêmement vexante, horrible et répulsive.
L’Islam est une religion de paix et de tolérance. Ce qui en est fait
par ces radicaux n’honore pas les pratiquants de l’Islam. Cependant,
je crois que les problèmes qui ont trait à la religion ne peuvent
véritablement trouver de solutions qu’au sein de la religion même.
Nous savons tous que de tels actes sont considérés par certains
comme des ultimes actes de sainteté. Les Musulmans, les vrais,
doivent tous se lever contre ces actes horribles. C’est aux fidèles
musulmans qu’il revient de trancher à haute et intelligible voie, à
la lumière du Coran, sur ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.
Mais je puis vous assurer que je prie pour la protection des
populations victimes et innocentes, et j’invite tout le monde à le
faire.
Le Cameroun est un pays laïc, et vous êtes un ministre du Culte
chrétien. Vos activités sont-elles orientées uniquement vers les
jeunes chrétiens ou alors, les jeunes musulmans y ont-ils leur
place aussi ?
Je suis foncièrement opposée à toute forme de discrimination.
A ce titre, mes activités visent tous les citoyens camerounais sans
distinction d’âge ou de religion. Je voudrais voir le Cameroun tout
entier devenir un exemple en Afrique et dans le monde.
Révérende, le monde est en proie à une grosse vague migratoire
vers l’Europe, et quand on voit le profil de ces migrants,
plus de 85% sont des jeunes. Ces migrants sont Afghans,
Syriens, Pakistanais, mais aussi Ghanéen, Érythréens, Libyens,
Camerounais. Quelles peuvent être, selon vous, les pistes de
solutions pour freiner ces migrations vers l’Europe, qui se font
parfois au prix des vies humaines ?
Vous me posez là une question bien pertinente. En femme avertie,
je dirais que le phénomène des migrations vers l’Europe est d’un
ordre purement spirituel. Il s’agit, à mon avis, d’un exode qu’aucun
pouvoir humain ne peut stopper. Cette migration se fera en dépit
des pays d’Europe. Seul Dieu en connait la portée.
Le 1er décembre prochain, le monde entier va célébrer la Journée
Mondiale de la lutte contre le SIDA. Quel regard portez-vous
face à ce fléau, surtout en ce qui concerne les femmes ?
J’aurais bien pu être l’une d’elles. En conséquence, j’ai la
responsabilité de les aimer toutes, comme Jésus-Christ les aurait
aimées, sans porter de jugement. J’appelle aussi tout le monde à vivre
et à accepter les personnes infectées sans les
juger. Elles ont plus besoin de notre amour
que de nos critiques. Les femmes devraient
redoubler de vigilance et ne pas se mettre
en danger. En tant que mère de l’humanité,
la femme devrait mener une vie digne et
saine, sans se livrer à des excès pouvant les
mettre en situation de vulnérabilité. Pour
ceux qui sont déjà porteur, je les exhorte à
beaucoup prier et à suivre scrupuleusement
l’hygiène de vie prescrite par les médecins.
Je salue enfin l’immense travail abattu par
les organisations humanitaires nationales
et internationales, qui ne ménagent aucun
effort pour que non seulement ce fléau cesse
de se féminiser, mais aussi qu’il soit éradiqué
à jamais. Reconnaissons que le SIDA est un
fléau qui a fait beaucoup de dégâts dans nos
sociétés, surtout parmi les jeunes. Personnellement, j’ai perdu des
membres de ma famille, et j’en connais qui vivent avec. Le SIDA a
fragilisé des milliers de familles. C’est un soulagement de savoir que
les recherchent pour l’éradiquer ont presqu’abouties.
Partout en Afrique, la mode est à la modification des textes
constitutionnels pour se maintenir au pouvoir à tous prix.
Certaines Eglises ont emboîté ce pas. Quel est votre sentiment
face à cette situation ?
Bien évidemment, c’est un tort. Et, aussi bien que l’institution
ecclésiastique est de plus en plus calquée de nos institutions
étatiques, ceux d’entre nous, minoritaires, qui pensons encore que
l’Eglise se doit de maintenir son intégrité sur tous les plans, nous
sommes en fait majoritaires spirituellement parlant. Dieu n’a eu
besoin que d’un homme, en la personne de Calvin, pour réorienter
l’Eglise vers la vérité. J’ai la certitude que Dieu va susciter des
Chrétiens bien intentionnés pour remettre les pendules à l’heure, ce
n’est qu’une question de temps.
Quel(s) discours tenez-vous aux jeunes que vous encadrez au
quotidien ?
J’amène les jeunes à comprendre que spiritualité et foi en Dieu ne
sont pas des chimères qui nous écartent du monde, mais qu’elles
nous amènent plutôt à être loyal envers notre pays, respectueux de
nos ainés et soumis aux autorités établies. Je leur apprends qu’être
spirituel a tout à voir avec savoir vivre avec les autres.
Comment arrivez-vous à concilier vie familial et ministère
pastoral ?
Chaque jour est un apprentissage et une occasion de se réajuster
pour donner un peu plus d’attention à ceux des membres de ma
famille qui sont au prêt ou au loin. La vie familiale est une part
entière de notre chrétienté.
Révérende, s’il vous est obligé de vous exiler dans une île
déserte, qu’apporterez-vous dans vos effets ?
Ma Bible, ma foi en Dieu et mon amour pour la nature.
Propos recueilli par :
Alain NJIGNET

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